avril 14, 2024
Accueil » Hommage “poétique” à Tahar Djaout !

Cela fait trente ans que Tahar Djaout nous a quittés ! Passer par 26 mai sans se rappeler du journaliste, écrivain, poète, c’est cautionner la bêtise et renier l’intelligence. Rendons hommage à ce génie par le langage qu’il affectionnait le mieux : la poésie…

Il y a trente ans, le 26/05/1993, ceux qui actionnent leurs neurones pour faire du mal, se sont servis de celui qui ne se sert pas des siens, pour mettre fin à ceux de celui qui ne les utilisent que pour illuminer les zones obscures. Celui qui l’a tué ignore les raisons de son geste, mais celui qui l’a chargé de le faire a bien mesuré l’ampleur de son acte.

Il n’a pas visé le corps, mais sa tête, là où se génèrent les idées lumineuses. Idées qui éblouissent la famille qui recule autant qu’elles permettent d’éclairer le chemin pour la famille qui avance. Donc, moins il y a des têtes qui éclairent, plus on réduit l’éblouissement et on amplifie l’aveuglement. Et pourtant, il est si immense notre besoin en têtes éclairantes. Rien ne peut inciter à tuer les personnes comme Tahar, mais tout nous invite à les protéger.

A toi Tahar Djaout

A tes principes pare – lâcheté,

A ta plume brise- soumission,

A tes pensées corollaires de ta liberté,

A tes verbes miroirs de tes intentions,

A ta conduite modèle de la modestie,

A ton savoir boussole d’orientation,

A tes idées reflet de l’équité,

A tes paroles profondes se sans ostentation,

A tes écrits chemins de la modernité,

A tes neurones sources d’illumination,

A tes appels voix de notre identité,

A toi Tahar symbole de purification,

J’édifie une stèle nommée : Poésie,

Avec tes concepts comme base de construction.

Un vrai poète !

D’abord, en tant que personne, il est l’antipode de l’arrogance, la modestie personnalisée et en tant qu’écrivain, ses mots n’incitent qu’au progrès, à l’amour, à la paix, à l’éveil…mais jamais à la haine, jamais à la violence. Un vrai poète qui se nourrit de la sève mielleuse de la tendresse et du nectar de l’intelligence. Seule la haine peut tuer l’amour et la lucidité, pour régner en solo par ses ténèbres.

Comment peut-on oser ôter la vie à un homme, sans penser à ses enfants, sa femme, sa mère et tous ceux qui l’aiment, si la haine n’avait pas phagocyté la raison ? Comment peut-on mettre un terme à la créativité d’un homme dont la plupart, à son âge, 39 ans, n’ont pas encore atteint la maturité (la sienne est précoce) ?

Evidemment, le message est clair : décourager toute créativité. Et l’objectif est partiellement atteint. Nous sommes plus forts en mauvaises imitations qu’en bonnes créations. Même s’il n’avait rien à se reprocher qui puisse lui coûter la mort (au contraire), mais il savait que la mort n’habite pas que la parole, elle loge dans le silence aussi, donc il a préféré parler et mourir.

Hommage par la poésie

Et pourtant sa parole est mesurée. Alors parlons. Rendons-lui hommage par le langage qu’il affectionnait le mieux : la poésie.

Mon cœur d’animal,

A l’écoute de mes viscères,

Battait sans cesse telle une machine,

Il alimentait mon encéphale,

Cet insignifiant fatras cellulaire,

Avide de la cuisine.

De connivence, ce cœur et cet encéphale,

Ont inventé mon désert,

Où point de mes repères ne se dessine.

***   ***

Heureux dans ma méconnaissance,

Sans rien dire, je savais écouter,

Obéir, attendre et supplier.

Je répondais par des danses

A toutes les musiques qu’on me chantait.

Le tube digestif était mon oreiller.

Esclave de l’indifférence,

Je me contentais de toute propriété,

De la mienne étant exproprié.

***   ***

Mon esprit d’analyse castré,

J’étais un  éternel gosse.

Aux convictions dictées,

Je ne savais ni choisir ni préférer,

Je pouvais prendre la générosité de féroce

Et de généreuse la férocité.

Et je me disais : «  Que peut l’histoire me procurer

Pour chercher les os

Et perdre le couffin au profit de l’identité ? »

***   ***

A l’école, j’ai appris des théorèmes

Que les autres ont inventés,

Et la conjugaison à la personne Ils.

Qu’importait le système,

Je savais m’adapter.

Tisser et dénouer les fils.

A quoi bon faire des poèmes

Et créer la technicité ?

Quand tout est assuré par les vigiles.

***   ***

Mon réveil est paradoxal.

Il s’est fait dans l’obscurité,

Apres l’extinction des lumières.

C’est devant les cavités tombales

Des soleils qui éclairaient ma cité

Et qui convertissaient en printemps mes hivers,

Que mon cœur a interpellé mon encéphale

De s’armer de raison et de lucidité

Et d’être maître, au lieu d’esclave, des viscères.

Annaris Arezki

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