février 1, 2023
Accueil » Jugurtha Abbou, le “chercheur de mots” !

Jugurtha Abbou a cette faculté de transformer ce qui atteint sa sensibilité en constellation de lettres, avec un style poétique bien rimé, il en fait une thérapie immunisant l’être des maux… Leur sens est puisé des profondeurs de la sincérité abondante d’un écrivain dévoué, passionné et surtout engagé… Retour sur l’oeuvre fluorescente d’un auteur prolifique qui ne cesse de chercher les mots ! 

Chez Jugurtha Abbou, “l’appétit vient en écrivant”. Il est toujours à l’oeuvre pour écrire des textes, passant facilement d’un genre littéraire à un autre, de la poésie à l’analyse ou même à la fiction. Quand il commence à écrire, il ne s’arrête jamais, donnant ainsi libre cours à son inspiration du moment d’où naissent ses projets littéraires.

“Les mots possèdent une force indescriptible”, soutient-il. Selon lui, les mots peuvent en effet mettre fin à la guerre ou la déclencher, ils ont un pouvoir sur le passé, le présent et l’avenir de la planète. En trois ans, depuis 2019 à ce jour, Jugurtha Abbou a édité en tout quatre livres. Grâce à sa plume débordante, déclamés ou écrits, ses textes résonnent tels des poèmes ou des proses bien rythmés.

“Mon étoile veille sur moi, comme je veille sur chacun de mes mots, je les nourris, je les protège, je les élève jusqu’aux cimes.” 

“L’Amour des feux”, premier livre de Jugurtha Abbou

En 2019, c’était son recueil de poésie “L’amour des feux”. Après avoir rédigé plusieurs articles et contributions dans la presse nationale, Jugurtha Abbou passe à l’édition. “L’Amour des Feux”, une histoire poétique, est son tout premier livre, publié en 2019 à Dar El Awtan.

A l’intérieur, on y retrouve de l’amour, plein d’amour, de l’amour interdit, de la liberté bafouée et de la mort ! La soif de liberté, la quête d’un lendemain meilleur, ou le besoin de s’accrocher à un idéal, à un espoir, l’auteur les résume en cette flamme qui jaillit au plus profond de l’être et cette étincelle qui réanime les esprits qui n’est autre que l’Amour !

Un plaidoyer pour l’amour, un hymne à la liberté

Que ce soit de l’amour d’un jeune envers sa dulcinée ; de l’amour que porte un jeune envers ses parents, envers ses proches, envers sa patrie… Jugurtha Abbou nous fait le tour de tous ces amours. L’histoire nous mène vers plusieurs destinations emplies d’aventures. Face à la répression et l’intégrisme, l’auteur répond au mal par l’amour pour semer le bien !

“L’Amour des feux” évoque le phénomène des « Harraga », la révolution du 22 février et le rêve d’une Algérie heureuse et “la révolution du jasmin” en Tunisie de 2011. Le texte aborde le jeune tunisien qui s’est immolé et que son feu a fait renaître la flamme révolutionnaire en Tunisie…, c’est ce qui a sans doute inspiré le titre du livre…

“Le feu d’amour me brûle encore

Et ne veut pas cesser de le faire

Le feu d’amour est tellement fort

Que je ne veux quitter mon enfer”

“L’Amour des feux” est une histoire sous forme de poésie, où chaque texte fait office d’un épisode. Selon l’auteur, c’est un plaidoyer pour l’amour, un hymne à la liberté et un texte de résistance.

«Hier, aujourd’hui, demain, l’Algérie» : un regard rétrospectif et prospectif

Se définissant comme écrivain d’abord et observateur ensuite, aussi en sa qualité de psychologue social, Jugurtha Abbou aiguise son sens de l’observation et émet un regard critique sur sa société dans toutes ses composantes. De cette démarche intellectuelle est né son deuxième ouvrage “Hier, aujourd’hui, demain, l’Algérie”, paru aux éditions El-Amel en 2021.

De part son titre, ce livre est un regard à la fois rétrospectif et prospectif sur la situation politique, économique, sociale et culturelle de l’Algérie, indique l’auteur. C’est un essai où il a recueilli ses anciennes contributions et autres réflexions traitant de la vie politique et sociale des Algériens. Le livre a été préfacé par le Professeur émérite Lahouari Addi, spécialiste en sociologie politique.

“Ce livre permet à la fois de répondre à la question «comment est-on arrivé là ?», ainsi qu’à la lancinante problématique «que faire ?»”

Origines de la crise

Spécialiste en psychologie sociale, militant politique et membre actif de la société civile, Jugurtha Abbou n’est pas allé par le dos de la cuillère pour aborder la question politique, du régime et de la société. Pour appréhender cette problématique, Jugurtha divise son travail en trois grands chapitres : «Une Algérie meurtrie, un peuple révolté», «Le réveil, les indices et les faits», «l’Algérie que nous voulons pour demain».

Dans le premier chapitre, il parle des origines de la crise. Entre autres, le fonctionnement des structures et des institutions de l’Etat telles que l’école, l’université, et leur rôle dans l’Algérie d’aujourd’hui et celle de demain a été aussi abordé par l’auteur. Dans le second, l’universitaire revient sur les dynamiques naissantes et les volontés de changement.

Propositions et solutions

Enfin, les visions d’avenir sont traitées dans le troisième et dernier chapitre. Au-delà des constats, Jugurtha Abbou se tâche d’énumérer des propositions et des solutions grâce à son esprit d’analyse et sa volonté de transformer les impasses en initiatives de sorties de crise.

Pour Jugurtha Abbou, écrire n’est pas une fin en soit ! Il n’hésite pas à rappeler le pouvoir qu’ont les mots sur chacun d’entre nous qu’il estimes énorme. “Ils ont cette magie de nous transporter de notre solitude vers un monde plus merveilleux, de notre tristesse vers un monde plus gai”, soutient-il.

L’importance que chaque mot doit avoir dans notre vie

Pour étayer ses propos, il nous rappelle que les pays où le quotient du bonheur est élevé, est proportionnel au nombre de bibliothèques qu’ils y plantent, au nombre de livres qu’ils y éditent et à la nature de l’enseignement qu’ils y procurent.

Se basant sur les thérapies modernes, la PNL (programmation neuro-linguistique) et le développement personnel, l’auteur insiste sur l’importance que chaque mot doit avoir dans notre vie, pour dépasser les difficultés et aller vers le mieux. D’où son livre “Les maux conjugués”, édité chez Imal (2022) et préfacé par Mustapha Benfodil.

“Je ne crois pas à la fatalité du sort, les issues existent, il faut les chercher et si les chemins nous sont méconnus, nous devons retrouver nos points de repères”

«Les maux conjugués» : un hymne à la paix, à l’amour, à l’espoir et à la résistance

Les maux conjugués se veut un hymne à la paix quand la guerre se fait sentir, un hymne à l’amour quand la haine s’installe, un hymne à l’espoir quand le dépit s’affirme et aussi et surtout un hymne à la résistance quand la tyrannie s’impose”, précise l’auteur. Dans son roman, Jugurtha Abbou, par le biais du narrateur, cite les pères fondateurs de la littérature algérienne, des auteurs universels, ou encore des poètes et chanteurs d’ici et d’ailleurs…

Pour lui, tout ce beau monde, ces ciseleurs du verbe, ces semeurs de la bonne parole, de la morale et de la sagesse sont de véritables repères pour chacun de nous. En effet, pour une société qui perd ses marques, ses valeurs et ses vertus, le remède est de “bien retrouver le passé pour mieux aborder le présent et affronter l’avenir”. Ses repères à lui portent le nom de Mammeri, Yacine, Dib, Matoub, Hasni, Merahi, Chouiten et autres…

“Une quête de la bonne parole puisée de notre terroir caractérisé par la transmission générationnelle et une inventivité exceptionnelle ayant enfanté des génies de la trempe de Cheikh Mohand Ou l’Hocine, Si Moh Ou’Mhand et autres semeurs de la bonne parole”

Une période chaotique à l’échelle planétaire

L’histoire de son premier roman nous fait revenir aux années 2000, au début du siècle chargé d’événements tragiques. “Les maux conjugués” raconte une période chaotique à l’échelle planétaire. Il y avait d’abord la crainte d’un bug dévastateur ensuite les attentats du 11 septembre 2001 qui annoncent un nouveau bouleversement mondial.

En Algérie, pas encore sortie de la décennie de la terreur et du sang, des catastrophes naturelles s’invitent avec les inondations de Bab El Oued et le séisme de Boumerdès. Ajouter à cela, les conditions sociales auxquelles la jeunesse faisait face à travers le parcours de Mehdi, qui a choisi les chemins de l’exil, à l’image de milliers de jeunes algériens.

«chercheur de mots»…

Sa demande de visa refusée, Mehdi décide de quitter l’Algérie à tout prix ! Il sera tenté alors par la harga, un phénomène social que l’auteur a traité dans son roman. A son insu, il se voit embarqué vers une destination inconnue, aux antipodes de son rêve européen, étant étudiant en italien. Il se retrouve en Irak, un pays en ruines laissé par les Coalisés après l’expédition destructrice du printemps 2003.

“Parallèlement à cette histoire se déploie une autre trame, celle du narrateur qui se définit «chercheur de mots». Un homme de la trempe de Cheikh Mohand Ou l’Hocine, si Moh Ou M’hand ou Jalal Eddine Rumi, et qui par la force du verbe, cherche toujours à trouver les mots qui effacent les maux, d’où le titre du roman”, indique Jugurtha Abbou.

… et semeur de la bonne parole

Le narrateur, oncle de Mehdi, ne manque pas de parler de sa vie de «chercheur de mots», un semeur de la bonne parole. Cette quête des origines et de la bonne parole est si obsédante. L’auteur dresse un tableau de maux sociaux à travers ses personnages. L’intégrisme religieux, le terrorisme, le trafique, la drogue, l’immigration clandestine,… et tant de fléaux qu’il essaye d’appréhender et de “soigner” avec ses mots.

“J’ai fait allégeance aux mots, j’ai divorcé avec le reste du monde. J’ai renié mes proches et je me suis tissé d’alliance avec les syllabes. L’eau monte et descend selon les phases de la lune, mon humeur suit celle des livres que je dévore. La boulimie des mots provoque les ballonnements dans mon âme. Un homme qui lit en vaut dix!”, écrit-il.

Retrouver ses marques et ses valeurs

Convaincu de la nécessité de retrouver ses marques et ses valeurs, Jugurtha Abbou voit en Hocine Ait Ahmed le référent idéal. “Si tu te perds, retourne chez toi et tu retrouveras ta route”, dit l’ancien leader de l’opposition algérienne en réponse à un homme se plaignant de la perte de repères.

L’auteur ne se limite pas à faire référence ou reprendre les expressions du feu Ait Ahmed, mais il lui a consacré un livre pour revisiter son parcours. “La pensée d’Ait Ahmed face aux tragédies algériennes” est le titre de son dernier ouvrage, un essai politique paru aux éditions Tafat (2022), “une tentative d’explication de sa pensée politique, économique et culturelle, où le lecteur pourra comprendre chacune des positions de l’homme”, explique-t-il.

Un livre sur la pensée d’Ait Ahmed

Préoccupé par les questions politiques, économiques, culturelles et sociales de son pays, Jugurtha Abbou a mis son capital d’expérience au service de sa société à travers ses réflexions et productions intellectuelles. Dans chacune de ses analyses et les solutions qu’ils envisagent de donner, la pensée d’Ait Ahmed est omniprésente.

Comme perspective et une sortie de crise, il réitère son optimisme et insiste sur ce que disait Dda Lho : “Je ne soulignerai jamais assez que le génie populaire algérien, inspiré, non par la peur comme veulent le faire croire certains, mais par la sagesse, l’éternel esprit de résistance, saura inventer les voies et moyens d’un changement pacifique”.

Jugurtha Abbou, poète, essayiste et militant politique

Jugurtha Abbou est né le 11 janvier 1984. Psychologue de formation, il a été enseignant universitaire, il est aujourd’hui chef de projet dans une entreprise publique. Il est également écrivain, poète, essayiste et militant politique. C’est un brillant orateur qui enflamme son auditoire, il intervient régulièrement dans les médias. A son actif plusieurs contributions dans la presse et plusieurs animations de conférences et de cafés littéraires.

Il sait transformer ce qui atteint sa sensibilité en constellation de lettres, avec un style poétique bien rimé, il en fait une thérapie immunisant l’être des maux… Leur sens est puisé des profondeurs de la sincérité abondante d’un écrivain dévoué, passionné et surtout engagé qui ne cesse de chercher les mots !

“Voir l’océan se transformer en désert, voir l’Amazonie rasée à plat, voir le ciel vidé de ses étoiles est aussi effrayant que de voir ma feuille s’entêter à rester blanche car je deviens incapable d’y mettre le moindre mot, la moindre syllabe, la moindre lettre.”

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