mai 18, 2024
Accueil » « La haine comme rivale » de Said Sadi : une radiographie d’une période douloureuse

Après « La guerre comme berceau », « La fierté comme viatique », Said Sadi vient de signer le troisième tome de ses mémoires. “Dans ce tome III, on suit l’émergence d’une génération atypique qui transcenda la peur, récusa la haine, osa les rêves d’une Algérie démocratique, d’une Afrique du nord réconciliée avec son histoire et d’une entente adulte avec l’Europe, lit-on sur la quatrième de couverture…

Il est difficile pour le lecteur de lâcher ce livre intitulé « La haine comme rivale », paru récemment chez les éditions Franz fanon, tant la lecture nous attache sans répit à une écriture vivante et fertile. L’esprit éprouve une sorte d’allégresse à voyager dans ce temps-là qui s’étale de 1987 à 1997 ; période que le peuple algérien avait vécu dans la douleur…

Le livre emprunte une structure souple et claire dictée par la succession linéaire des événements. Il dresse l’inventaire sans concession de cette décennie pleine de drames et de souffrances mais aussi d’espoirs trahis. Des points de vue pour puiser dans toutes les expériences, des interrogations perpétuelles, des constats garnissent ce récit harmonieusement scellé.

Un peu plus de connaissances sur nous-même

Le narrateur ici est un « nous » qui ne met pas forcément sa vie au-devant. Modestie et réserve quelquefois nous disent aussi que l’écriture ne privilégie pas à parler des erreurs du passé mais à regarder l’avenir. Il décrit les absurdités d’une période que feu Tahar Djaout avait surnommé (c’est le titre de son dernier livre édité à titre posthume) « Le dernier été de la raison ».

C’est une période que les générations actuelles et futures doivent connaitre au mieux. Le silence sur ce temps-là ne serait que trop lourd et donc ne pourrait qu’engendrer d’autres drames et malheurs à l’avenir. C’est pour ça que ce livre est le bienvenu d’autant plus qu’il ne s’interroge pas uniquement sur une optique politique.

Ce livre est une nécessité

On en sort avec un peu plus de connaissances sur nous-mêmes, sur le système qui nous gouverne et sur notre société tourmentée. Un livre qui dilate ce passé pour mieux regarder nos souvenirs dont certains aujourd’hui nous semblent irréels tant les forces du mal se convergent sans relâche pour distiller des contres vérités et qui passent aujourd’hui pour être presque des évidences.

Ce livre est une nécessité pour dresser une radiographie de cette période-là. Il sonne aussi tel un plaidoyer d’un mouvement démocratique et pacifique que le destin n’avait pas voulu faire parvenir jusqu’à la victoire. Un magnifique texte sans enflures, voire sentencieux parfois sur certaines vérités, là surtout où l’illusion semble emporter tout le monde.

On y apprend…

On y apprend sur la période Boudiaf, le rapt de Matoub, l’épisode du boycott scolaire, sur plein d’autres dirigeants qui ont été aux commandes ou dans l’opposition. On y apprend sur la condescendance des médias français, surtout ceux affiliés à l’internationale socialiste.

On y apprend sur tous ceux qui se la joue du drame algérien en assénant des contres vérités ou du moins en entretenant l’amalgame du « Qui tue qui » qui a longtemps enfermé les esprits dans cette phrase hypocrite…

Un livre à lire absolument !

« La haine comme rivale » ; Mémoires – 1987-1997 (Tome 3). Said Sadi. Editions Frantz Fanon. 2023. 2 000 DA. 587 pages.

Lounes Ghezali

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