juin 14, 2024
Accueil » Louisa Kaneb : « Il m’est plus que vital d’écrire et il est légitime que mon choix se porte sur ma langue maternelle »

Le combat identitaire est sa raison d’être ! Louisa Kaneb s’est investie pleinement dans la création artistique et littéraire pour exprimer à sa manière son attachement à sa culture. Etant artiste, elle se définie comme écrivain voulant éclairer sa société et œuvre pour promouvoir sa langue maternelle… 

Pour la native des Ouadhias, l’écriture en tamazight est un engagement, un choix ! Même si elle écrit en d’autres langues, elle éprouve “un amour inestimable de la langue maternelle et un acharnement sans relâche au combat identitaire“, se confie-t-elle.

Enseignante en arts plastiques et informatique, Louisa Kaneb, née le 14 août 1966 à Ighil Igoulmimène, Ouadhias, en Kabylie, est professeur formateur. Elle est licenciée en arts plastiques avec un diplôme en traduction et l’adaptation, spécialité scénario ainsi qu’en montage vidéo.

A son compte six ouvrages entre recueils de poésie et livres pour enfants : 5 Yulyu ; Γerduduc ; Ibeṛṛiqen n tehregt ; Tazlagt n tira ; Ddiɣ d Si Muḥand u Mḥend  – Voyage imaginaire – et “Taḥutiwt tazewwaɣt mm-tmeẓẓuɣin”. Elle a aussi plusieurs traductions et adaptations de scénarios, mais elle ne compte pas s’arrêter là ; elle révèle qu’elle écrit comme elle respire… Entretien

Vous êtes enseignante, artiste, poétesse et écrivaine et traductrice. Quel regard portez-vous sur l’éducation artistique et la création en général ? Que diriez-vous aux parents au sujet de la littérature?

Je dirai que l’éducation artistique doit être une matière très importante comme il en est dans tous les pays développés du monde. Sa plasticité fait d’elle une matière de base qui fertilise la magie de l’imaginaire chez l’enfant, ses capacités cognitives d’où vient l’épanouissement émotionnel puis la création. C’est pourquoi les parents doivent encourager leurs enfants à bien l’ assimiler et la réussir tout en leur procurant les moyens nécessaires et sans jamais la sous-estimer comme il en est dans certains cas…et si tout le monde était artiste ?

Vous êtes plutôt connue comme poétesse. Un mot sur vos premiers pas dans la poésie. Racontez-nous brièvement votre parcours littéraire … 

Oui, comme poétesse au préalable mais sans pour autant négliger les autres genres littéraires. D’ailleurs écrire c’est “to be” or “not to be”, je veux dire on ne peut pas l’être à moitié. Pour mon cas, toute l’écriture et tous ses genres littéraires m’importent, et je ne puis y être nonchalante quant à l’utilisation de ma langue maternelle et me confirmer entant qu’auteure (Tamarut).

Concernant l’édition, j’ai préféré commencer par mes vieux ouvrages, donc éditer tout ce qui est poésie, entre autre les fables, contes et histoires tout en allant du plus vieux au plus récent afin de réaliser une bonne remise à jour et arriver au meilleur qui n’est autre que le roman.

Pour moi, ma venue à l’écriture n’est qu’une suite logique de mon vieux parcours car j’ai commencé à m’y intéresser toute fillette. J’ai donc vite acquis la magie de la lecture, l’amour de l’écriture et le plaisir de dessiner en parallèle sans avoir eu un jour à les démêler.

Vous avez aussi consacré un livre aux enfants. Pourriez-vous nous raconter ce qui vous a particulièrement inspiré son écriture ?

Γerduduc, un livre pour mon fils, une histoire pour tous… Nos enfants Kabyles ont besoin d’histoires pour rêver et non pas de politique, comme le dit bien Mouloud Mammeri. Je tiens juste à signaler ce qui est nouveau dans mon travail, est que Γerduduc est accompagné d’un DVD de dessins animés (unuɣen yettembiwilen).

Quant à “Taḥutiwt tazewwaɣt mm-tmeẓẓuɣin”, c’est un conte merveilleux plein de surprises où j’ai pris toutes les précautions de souligner les mots difficiles pour les expliquer dans un tableau de la dernière page du livre afin de faciliter la bonne lecture.

Votre livre “Ddiɣ d Si Muḥand u Mḥend – Errance imaginaire”, qu’évoque-t-il ? Que représente Si Muḥand u Mḥend pour vous ?

L’ouvrage intitulé “Ddiɣ d Si Muḥand u Mḥend – Errance imaginaire” est justement une errance à travers tout le territoire du pays, en allant de partance par ma région natale qui est les Ouadhias vers Chamlal puis Azeffoun jusqu’en Tunisie par un dialogue muni d’un florilège de deux-cent-cinquante et un 251 poèmes de style Mohandien (a,a,b). Une épopée par laquelle j’ai tenu à lui rendre un vibrant hommage en ce mois de Yennayer où il est décédé.

Si Mohand Ou Mhend, un rebelle, un révolté, un insoumis mais sûrement le parrain de la poésie kabyle. D’autre part, il est pour nous tous ce qu’est Charles Baudelaire pour les Français.

Vous avez déjà publié deux livres au même temps. Pourquoi ce choix et comment vous est venue l’idée de sortir “vos jumeaux” ? 

Mes jumeaux : Ibeṛṛiqen n tehregt et Tazlagt ntira son deux recueils de poésie composé de tas de thèmes poétiques de styles classiques et modernes, y compris des fables et quelques histoires se rapportant à la magie du verbe kabyle écrit (Tira). J’y ai aussi traduit René Philombé, Nizar Quabbani et Victor Hugo.

L’idée de les sortir en jumeaux n’est autre que le désir d’éditer tous mes vieux ouvrages pour enfin passer au roman.

A votre avis, si on s’adonne à réfléchir sur le manque du lectorat l’intérêt à la littérature, cela serait dû à quoi ? Que préconisez-vous ?

Tout d’abord, il faudra commencer par dire que nous n’avons pas encore la culture du livre, par conséquent, un peuple qui a faim ne pensera jamais qu’à son pain. Aussi, les kabyles ne savent pas tous lire des livres rédigés en kabyle/ tamazight et que si le livre physique s’oublie, c’est qu’il cédé place aux lectures électroniques abrégées. On ne lit presque plus, on ne prête même plus d’intérêt aux langues et aux littératures.

Oui, en effet le sens de la lecture ne cesse de perdre de son ampleur car ce qui prime de nos jours, c’est l’audiovisuel et les différents multimédias via internet et les jeux vidéo.

Ce que je préconise c’ est une meilleure sensibilisation de l’enfant au niveau des écoles avec une participation parentale massive pour tout simplement faire aimer le livre par le meilleur apprentissage de la lecture.

Entre autre, il faut encourager l’écriture pour enfant, réduire le coût du livre, subventionner l’édition de livres, trouver des sponsors, rendre le livre disponible en tout genre, partout et à toute heure : “Rester fidèle à l’ami fidèle”.

A quel point est-il important pour vous d’écrire ? Et pourquoi en votre langue maternelle plus précisément ? Un mot sur la littérature kabyle ?

Il m’est plus que vital d’écrire et il est légitime que mon choix se porte sur ma langue maternelle, étant donné que je la maîtrise mieux que toute autre langue acquise. J’ai le grand honneur de faire passer ma langue maternelle en prioritaire afin de bien la servir.

La littérature kabyle ne cesse de prendre de l’ampleur surtout depuis l’intégration de tamazight dans l’enseignement, ce qui a favorisé la naissance de plusieurs auteurs (autrices) et l’apparition de plusieurs talents par un répertoire très riche et en tout genre littéraire.

Contrairement à beaucoup d’autres auteurs en Tamazight, vous ne l’avez pas étudiée pourtant vos livres sont écrits en cette langue ? C’est quoi le secret ?

Ecrire en Tamazight est un choix et le faire sans avoir fait d’études spécifiques n’en est qu’une victoire dont je suis fortement fière. Mais n’empêche, j’ai tout de même acquis la toute première formation officielle qui a eu lieu dans l’histoire juste après l’année du boycotte scolaire 1994.

On l’appelait à l’époque “formation du premier degré”, suivie d’un concours que j’ai réussi avec succès mais, hélas, je n’ai pu me présenter aux bancs de ce centre de formation de Ben Aknoun.

Ce qui est du secret de ma modeste réussite, je dirai tout simplement que je n’ai jamais lâché prise et que j’ai persévéré depuis sans relâche.

Quel est votre point de vue sur les salons de livres et leur apport ? A quel point sont-ils justement importants pour un auteur ? Des rendez-vous littéraires à nous communiquer ; un dernier mot ?

Les salons du livre sont en effet des événements de fêtes littéraires très utiles non seulement à la vente dédicace mais aussi en tant que facteurs favorisant le rapprochement entre auteurs et lectorat auteur. Ils favorisent aussi l’échange, la diversité et l’épanouissement littéraire.

Il y aura encore d’autres rendez-vous littéraires venant, se rapportant au livre puis entre autre, des ventes dédicaces qui seront j’espère pleines de d’espoir et de réussite.

Merci pour l’intérêt que vous portez pour la promotion du livre et spécifiquement la littérature Kabyle / Amazighe. Merci de prêter attention à ma mon écriture et d’encourager la plume féminine espérant que le meilleur est à venir.

Propos recueillis par Hamza Sahoui

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